Prélude-Fantaisie

tumblr_mgh3d6i0ee1rp49tmo1_1280Alors comme ça, jeune homme, vous fléchissez gracieusement du chef sous le poids de l’ingestion d’un ouvrage qui ma foi vous laisse bien pensif, mais que vous vous garderez j’espère de laisser choir. Une hypothèse farfelue me susurre que vous êtes présentement plongé dans l’extatique contemplation d’un moustique égaré sur le plancher de votre demeure, et que l’image suivante vous montrerait lui assénant une tape habile qui le verrait métamorphosé en objet de nature quasiment bidimensionnelle. Je n’ose la tenir pour sérieuse. Il me plaît mieux d’imaginer que votre lecture vous aura provoqué cette exquise langueur à nulle autre pareille. Une autre suggestion de mon imagination maladive vous voit fantasmant sur la charmante Priscilla, Loreleï parisienne dont je dois vous rappeler cependant la nature fictive : je la créai jadis pour les besoins d’un billet faussement méthodologique. Elle y survécut malgré moi et s’acharna à me persécuter dans des billets ultérieurs désormais détruits – je sévissais alors sur une autre plateforme – jusqu’à oser, l’impudente, devenir personnage essentiel (?) d’un science-fictif roman dont la nature intrinsèquement parodique ne sauve pas hélas le désordre qui règne dans toute sa seconde moitié (Vous Autres). Ceci dit, vous pouvez l’imaginer en tenue légère si c’est votre souhait, voire sauvageonne lubrique vêtue de cuir. Je gage qu’elle n’y trouverait pas à se plaindre. A moins que, lassé d’interminables paragraphes d’une lourdeur telle que le Journal Officiel vous paraîtrait en comparaison d’une exquise fraîcheur stylistique, vous soyez tombé dans une rêverie où quelque garçon – aux teint doré, épaules fermes et torse lisse mais musclé – viendrait vous faire comprendre que le volume que vous tenez serait bien mieux posé sur quelque étagère, et vous deux sur quelque couche voluptueuse. L’étagère serait celle d’une bibliothèque de bois rare finement ouvragée, chef-d’œuvre de menuiserie marquetée avide de richesses littéraires et de trésors typographiques, mais j’arrête cette évocation, ça m’excite.

modelIl me semble que l’objet initial de mon propos m’échappe. Je conviendrai que votre présence en haut de cette page aura été de nature à divertir mes pensées et à les égarer du droit chemin où je voulais les maintenir, en les ramenant à certaines rêveries tout à fait insensées et pourtant chastes (je l’assure) concernant le souvenir bien terni par les ans de quelque garçon dont le visage ne m’est pas si vaguement rappelé par l’illustration ci-contre (il y a un air, c’est certain). Il me semble – mais me leurrerais-je ? – qu’il s’agissait d’examiner avec pondération en quoi le troisième principe de la thermodynamique, autrement désormais appelée mécanique statistique, troisième principe dont sur le coup je ne me souviens plus guère, mais, mon brave garçon, je ne vous accablerai pas de l’accusation hypocrite d’être la raison principale de cet oubli puisque c’est faux et que je devrais plutôt incriminer l’image ci-contre, d’examiner en quoi, donc, celui-ci pourrait être utilisé de façon rationnelle afin de démultiplier mes facultés créatrices qui, notons-le, font souvent ricaner les corneilles les plus dévergondées. Que ces ravissants corvidés ne puissent point avoir le comportement susmentionné ne doit pas m’écarter de la douloureuse constatation que je suis aussi prédisposé à me spécialiser dans la théorie des cordes qu’à exacerber le ravissement d’un quelconque lecteur avisé dont la promptitude à froncer les sourcils en me lisant provoquerait chez moi des émois incompréhensibles. Oh que tu as l’air méchant, arrête, je n’en peux plus. Rassurez-vous, cher ange (je peux vous appeler cher ange? c’est juste pour plaisanter, sachez-le), cette perversité affichée est toute rhétorique – j’en préfère de pires, avec chocolat, framboises, et chantilly, lesquelles sont en vente libre dans certaines officines qui masquent leurs délétères desseins sous l’appellation innocente de « Boulangerie – Pâtisserie ».

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Echantillons de drogues dures

Cette divagation incongrue est peut-être la cause de l’accablement qu’il me semble maintenant discerner sur votre visage. En auriez-vous dès l’abord deviné le surgissement ? Vous aurais-je détourné d’une saine et édifiante lecture ? Je devrais m’excuser platement d’être la cause d’un tel inconfort que je n’ai certainement jamais souhaité. Las, que voulez-vous, il advient que me voilà pris au piège d’une page dont les développements m’échappent, si tant est qu’on puisse qualifier de développements ces paragraphes incertains. Je préférerais, soyez-en assuré, naviguer plus fermement et exposer ici quelque objectif consistant, lequel éclairerait ce que je tiens pour nécessaire – l’achèvement de certain opuscule narratif, pour avouer ma préoccupation constante quoique contrariée par une inertie incompréhensiblement centripète. Je devine que vous ne pourriez qu’acquiescer à un tel projet, ne serait-ce que pour être enfin débarrassé de ce flot ininterrompu, cette navrante logorrhée sans fond, dont je n’attends rien et ne puis rien attendre, mais que voulez-vous, lorsqu’un terrifiant blizzard souffle sur l’inspiration il faut bien que je trouve quelque moyen de la réchauffer. Celui-ci était à disposition, je me suis permis d’en user, d’en abuser peut-être, vous seul en jugerez, petit coquin, quant à moi je vais peut-être, en quittant cette page de suprême insignifiance, parvenir à glisser un mot ou deux dans un tapuscrit sérieux, oh que oui, sérieux il l’est, ou mieux quelques lignes, une page qui sait? Après tout je viens de m’échauffer l’esprit, pas à la vision de votre frais minois – j’espère ne point vous froisser en le remarquant –, mais en élucubrant avec obstination. Allez, reprenez donc votre lecture. Je vais retourner m’occuper d’un astronaute mutant et des péripéties malheureuses de son retour sur Terre*. Avec, comme il se doit, un peu de musique. Celle-ci, qui convient tout à fait à l’ambiance déliquescente de cette presque douloureuse fiction que je m’efforce de débiter en tranches afin de la transformer en cycle de nouvelles :


* Naël, roman dont l’écriture s’éternisait tant que j’ai récemment décidé qu’il valait mieux le dynamiter.

 

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