uelue chose ui

J’ai un problème. Soit : un petit problème. Avec le Q.

Majuscule, minuscule, gras ou maigre, ça ne change rien. Le Q se laisse désirer.

La touche par moments ne répond plus. Ce n’est pas méchant, et je ne devrais pas m’en inquiéter puisqu’une petite intervention permettra sans doute de remédier à l’agacement (léger) qu’elle me cause.

Et tant que j’y pense, tournant autour de la même syllabe, en matière d’écriture il y a toujours ce truc qui me chiffonne. Bêtement mais constamment.

C’est assez amusant, au fond, de constater qu’on s’impose une autocensure (inconsciente ? pas toujours) qui écarte toute scène un peu osée, voire même toute allusion appuyée à ce qui de près ou de loin tourne autour d’une zone située par là. Vous voyez, même ici j’évite d’en venir au fait.

Lors de l’écriture de certaine nouvelle dont le désastre aura impliqué une remise à plus tard[1] (s’il n’y avait que son désastre : d’autres pénibles impératifs sont venus m’encombrer l’esprit et me détourner d’elle), il devait y avoir un passage où certaines sensations procurées par certain procédé hautement technologique étaient de nature éminemment orgastique. La chose étant poussée jusqu’à un paroxysme où, de fait, plaisir et douleur étaient censés devenir équivalents. (Je vous entends soupirer à la suite de cette phrase ; je vous comprend tout à fait, croyez-le bien).

Cette scène, hélas cruciale, est restée coincée en travers du stylo. Je ne savais pas du tout comment la tourner sans tomber dans le grotesque, la trivialité, ou au contraire sans l’édulcorer trop.

Je ne parlais pas réellement de sexe. Mais il s’agissait bien, sans rien montrer qui puisse heurter la pudeur, de pousser mon héroïne[2] à lancer une clameur ô combien extatique (quoique légèrement paniquée). Et ma foi, je n’y suis pas du tout parvenu. Le parfait ridicule de ce que j’ai écrit ferait ricaner n’importe qui. Je frémirais que quelqu’un puisse tomber sur ça.

Avec Ad Infinitum (actuellement indisponible pour de fort légitimes raisons), j’avais franchi un cap. Sans représenter l’acte, j’avais tout de même fait mention de… enfin, de… vous savez bien… ou peut-être pas, sans doute pas, parce que quand même. J’avais eu de la réticence au moment d’écrire les mots litigieux, me confortant en pensant que Houellebecq (sacré Houellebecq) avait fait bien pire. Ayant passé outre, je m’estimai satisfait d’avoir progressé dans le sens d’une écriture adulte. Puis je me souvins que quelques années plus tôt, j’avais fait de même (en quelque sorte), ce que je m’étais manifestement empressé de refouler. Dans les deux cas ce n’était presque rien, mais beaucoup pour moi.

Écriture adulte, quand même, mon œil. Ce n’est pas en collant de la fesse, de la zigounette ou du nichon qu’on atteint une maturité littéraire (ce dont peu m’importe, soit dit en passant). Mais cet évitement systématique des choses de la vie pouvant être tenu pour le symptôme d’une pusillanimité inutile, il serait peut-être adéquat de libérer un peu mon propos sur des sujets aussi universels que l’amour, la mort, le fric, l’art d’accorder les contrebasses.

Ce n’est pas que mes personnages ne s’envoient pas en l’air. Rarement, je l’accorde. Et de préférence, hors champ. Il sera suggéré qu’ils vont ou se sont livrés à des activités acrobatiques parfois répréhensibles dans certains pays, guère plus (guère mieux, si vous voulez).

Dans un autre ordre d’idées, ce n’est pas chez moi qu’on se dézingue à tire-larigot, les trépas subits et sanglants n’étant pas mon fort. Cette absence de violence s’explique peut-être parce que je n’ai jamais (pas encore) eu en tête de sujets qui nécessitaient qu’on s’échange des tirs de bazooka à bout portant. En revanche, il y a chez moi suffisamment de problématiques tournant autour des rapports amoureux pour qu’on puisse s’attendre à trouver quelques nudités lascives. Lesquelles pourtant ne se bousculent pas.

Je ne dis pas non, pour les textes à venir. Je ne dis pas non, mais ça ne signifie pas qu’on tombera sur des bas-résille ou des porte-jarretelles. Ni qu’on trouvera au détour d’une page deux garçons dans la position de l’arrosoir bulgare[3]. Tout bien considéré, je pourrais me contenter d’un érotisme discret – mais justifié – qui ne fasse pas détourner le regard.

Tout ceci étant bien secondaire. La priorité est toujours (oui, même si le temps passe) que j’apprenne le redoutable art de bien construire une histoire (serait-elle idiote). En quoi je n’ai fait aucun progrès notable. Remarquez qu’on peut toujours, lorsqu’on est sujet aux faiblesses structurelles criantes, utiliser quelque astuce pour que ça ne se remarque pas. Comme multiplier les galipettes et détails salaces. Ce qui ne fera pas longtemps illusion.

Soit. Il convient de redevenir sérieux quelques instants. Et de me pencher sur l’art de l’intrigue – ce que je voulais faire lorsque posant négligemment l’auriculaire sur mon Q je me suis trouvé entraîné à parler d’autre chose.

Peut-être parce que ça n’en valait pas la peine. Voyons : est-il bien judicieux de construire une histoire pour l’écrire ? Ce n’est pas la garantie d’une bonne histoire. Après tout, même en partant d’une vague inspiration, on peut obtenir quelque chose de très bien. Le tout est de ne pas succomber à la première idée stupide qui passe au moment où il va s’agir de glisser une péripétie. Ni même à quelque rêvasserie lubrique lorsque Natacha et Ladislav, les héros, se trouvent enfermés dans un ascenseur où il fait si chaud que…

Remarquez, moi, voir Ladislav et Piotr (personnage assez secondaire mais vachement bien foutu qui se trouve être présent au même endroit) sans chemise essayant de s’extraire de l’habitacle torride pour revenir avec des secours puisque Natacha s’est depuis le paragraphe précédent prise la trappe sur la tête et qu’elle gît presque inconsciente sur la moquette sale, ma foi, hein, ce ne serait pas pour me déplaire, surtout que Piotr va être obligé de se débarrasser de son falzar resté accroché à quoi on s’en moque, et que la scène va du coup devenir bigrement intéressante. « Oh, le zoli caleçon à nounours roses », fera alors pâteusement Natacha, qui pour quelques instants aura retrouvé un peu de lucidité, histoire de casser le rêve.

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Illustration sans rapport. Et alors? Quelle importance?


[1] Dieu seul sait quand, vu comme c’est parti.
[2] Une fois n’est pas coutume, le personnage principal était féminin. La nouvelle n’a pas survécu, elle me faisait glousser dès que je posais les yeux dessus.
[3] Je laisse ici chacun libre d’imaginer ce qu’il souhaite.

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