Les Ovoïdes rêvent-ils de croûtons électriques ? (1/4)

I – Introduzione: Moderato cantabile ma non troppo gigolo

tumblr_nlid3bhusw1rdwik4o1_1280Je devrais me sommer en pointant vers le ciel un doigt tremblant et impérieux de reprendre sur-le-champ tel roman dont je me suis écarté pour des motifs indubitablement suspects, mais qui, malgré des efforts désespérés pour m’y replonger avec une allégresse exaltée, demeurera d’un comateux profond sans qu’aucune issue ne s’entrouvre afin de lui permettre un sort plus enviable que celui de se voir déchiqueté par mes mains rageuses. Plusieurs semaines sans parvenir à allonger même une page m’aura un tantinet agacé. Plus on écrit plus on est capable d’écrire, et moins on écrit, plus on rejoint le niveau courrier des lecteurs de ces magazines télé vendus presque au prix du papier. Je l’ai déjà dit et je le répéterai jusqu’à plus soif, parce que c’est effectivement ce qui se passe. Une machine qui ne tourne pas finit par se gripper. Et sur des rouages rouillés vous pourrez toujours mettre de l’huile, ça ne servira pas à grand-chose. Il faudra du temps pour la remettre en état. Trop longtemps cesser d’écrire est néfaste au scribouillon. À moins que celui-ci ne soit si doué qu’il ne puisse en aucun cas se sentir concerné par ces remarques, capable qu’il est de passer six mois à glandouiller pour, à froid, vous balancer ensuite un récit remarquable tant au point de la ponctuation [1] que de l’histoire.

« Il suffit ! m’écrié-je donc. Caresse ton clavier, mon brave, sans te presser certes (certains sujets méritent lenteur dans l’élaboration, et sont rétifs devant les souhaits de précipitation impatiente dont l’auteur est capable), mais sans faiblir non plus. Quand tu auras débité vingt pages de plus, dans moult semaines ou mois – alors tu pourras sans crainte estimer raisonnable que le quintal de feuillets encore à noircir pour ton  mollement science-fictif roman[2] ne sera pas une perspective insurmontable comme parfois tu le crains encore. Ces vingt pages n’auront pas à être abouties. Tu pourras te contenter d’un premier jet, lequel aura tout loisir durant quelques jours de se reposer avant d’être attaqué par la face nord, la plus redoutable, et d’être tourmenté jusqu’à ce qu’en soient extirpés incohérences, coquilles, vétilles et autres sujets de soupirs consternés. »

Et, certes, après tout, point n’est besoin de se précipiter ; d’ailleurs, j’ai quelque autre sujet d’inquiétude, que je développerai dans l’épisode suivant…


[1] Il ne faut surtout pas sous-estimer la ponctuation, qu’on traite parfois bien mal et à grand tort. Une ponctuation irrespectueuse des règles est capable de vous flinguer n’importe quel texte. Ne parlons pas de la typographie. Exemple malheureux, ce genre de mauvais traitement infligé aux dialogues, avec coupable triple point d’exclamation :

«  – Mais tu plaisantes on ne va pas racheter des sardines !!! »

« – Oh que si chérie tu sais que ta mère adore ça on va bien lui faire plaisir pour une fois. »

[2] C’est dingue, quand j’écris ces deux syllabes, ça me procure toujours des frissons désagréables dans le dos.

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