Les Ovoïdes rêvent-ils de Croûtons électriques ? (4/4)

IV – Epilogo: Andantino Rossi

tumblr_mrr9etb64f1sye11ro1_1280J’éviterai de récapituler les épisodes précédents. Non qu’il me déplaise d’être redondant (je sais me le permettre d’une façon un peu suspecte [11]), mais parce que je voudrais, avant d’en venir tout à fait au terme de mon périple, faire un petit détour, et ne pas perdre trop de temps au préalable. Autrement dit, la question: s’il est évident que je tiens la science-fiction en haute estime, quel regard porté-je sur les deux autres branches majeures de l’Imaginaire ?

Pour la fantasy, je vais être particulièrement net, mon manque d’intérêt est flagrant. Peut-être parce qu’en ouvrant un Tolkien je n’ai pas réussi à dépasser deux pages. Si je trouve admirable qu’on doive y être capable de forger des règles de fonctionnement d’un univers irréaliste qui seront rigoureusement respectées pour que cette irréalité soit et cohérente et crédible, des magies et des mythologies, des géographies et de l’histoire, bref qu’on soit contraint de tout monter soi-même sans l’aide de personne, lorsque je me trouve devant un texte de fantasy je n’accroche pas. Je me suis donc rabattu, effort minimal, sur la version cinématographique du Seigneur des Anneaux, qui certes m’a plu, mais pas au point de faire de moi un adepte. Peut-être parce que des gars comme Tolkien ou C. S. Lewis sont trop pompés et repompés. Peut-être parce que ces univers sont trop éloignés de ma propre mentalité.

Donc, je ne méprise pas, je constate juste ce n’est pas un genre dans lequel je suis susceptible de m’épanouir. Dommage sans doute, parce que je parie qu’il serait tout à fait intéressant de tenter une lecture à plusieurs niveaux, par exemple, du monument qu’a pondu Tolkien. En regardant la trilogie de Peter Jackson (version courte, neuf heures c’était déjà bien assez), je me suis interrogé sur ce qui pouvait bien sous-tendre le propos… qui n’avait pas l’air aussi simple et schématique que ça. Mais je n’ai pas insisté.

Le fantastique me séduit bien plus. Il donne de petits coups de canif dans l’ordre du monde, il en révèle les failles. Non. Pas les failles du monde, les nôtres. J’aime quand il remet en cause une certaine perception du réel, celle qu’on admet par habitude, éducation. Peut-être vraie, peut-être fausse, que seule la survenue d’un événement inexplicable pourra bousculer. J’aime quand il est révélateur d’angoisses. Beaucoup moins quand il cherche à faire peur pour faire peur, quand il baigne dans le sang avec ostentation. Sachez donc que, par exemple, je vénère ce merveilleux film qu’est The Haunting de Robert Wise (d’ailleurs par moments fort drôle), où il ne se passe presque rien de visible, où l’étrangeté est impalpable mais omniprésente et bien plus inquiétante que dans tant d’autres films de maisons hantées où on nous en montre trop. Le bon fantastique éveille vos propres peurs sans en rajouter une couche, sans forcer la dose. Il les révèle et vous force à accepter que votre part d’irrationalité soit plus prégnante que vous le souhaiteriez. Le bon fantastique est un doute comme qui dirait métaphysique. Et je n’irai pas plus loin dans mon embryon d’argumentation, parce que je sens que je dérape (voire que j’ai dérapé dès le début du paragraphe).

tumblr_mpcwvywm9v1sye11ro1_1280Malgré tout, c’est à la science-fiction que je reste attaché. Pourtant, je crains toujours de d’y être un vestige, un représentant d’une arrière-garde périmée sacrément en retard sur ce qui se fait depuis que j’ai commencé à écrire. Et puis surtout, mes goûts m’écartent fâcheusement de la plupart des genres représentatifs. Cyberpunk, postcyberpunk, steampunk, post-apocalyptique, que nenni (bon, le post-apo, si, une fois, texte paru dans cette admirable anthologie qu’est Scories). Space opera, certes pas. Les dystopies, trop flippant. L’uchronie, ma foi… Et pour ce qui est de ce qui s’intitule «Planet-opera», point encore, mais je n’ai pas dit mon dernier mot. J’ai des inclinations plutôt prononcées vers la «soft SF», la fiction spéculative qui met de préférence l’humain au cœur de ses préoccupations et n’utilise l’évolution technologique que pour ce qu’elle génère comme effets (pervers?) sur l’individu ou la société. On l’aura peut-être pressenti dans tout ce qui précède. Je mets aussi de côté la « hard SF », qui exige un bagage scientifique solide, et se trouve déjà assez encombrée d’astrophysiciens, de mathématiciens, de physiciens, pour qu’un ignare puisse oser s’y frotter sans en retirer une sévère dose de ridicule.

Donc, SF plutôt douce en ce qui me concerne. Ce qui ne se remarque pas dans ma production fantaisiste, à une ou deux pages près. Mais je succombe bien volontiers à cette influence qui fait que je produis une SF qui pourrait presque ne pas en être, puisque, de toute façon, c’est là que je me sens le mieux. Et à laquelle il faudrait que je me consacre sinon de façon plus audacieuse, du moins de façon plus ambitieuse – enfin, plus réfléchie, même si je ne veux pas me la péter grave en me croyant plus fin et plus intelligent que je le suis. Donc avec prudence. Bon, je dirai que mes travaux en cours (surtout de pourrissement) répondent aux objectifs. Les problématiques sont humaines, le dépaysement peu poussé, les lendemains presque à portée. C’est bien sûr là que réside le piège: une science-fiction qui (frileuse?) ne se projette pas assez loin dans le temps ou dans l’espace est vite périmée. Mais qu’importe. Ce qui me plaît avant tout c’est de raconter des histoires, si possible pas trop bêtes (soit: certaines le sont, pour mon plus grand divertissement), sans en attendre qu’elles soient capables de traverser les siècles. Des histoires qui me permettent cependant d’aborder des problèmes auxquels il serait inconcevable de toucher en restant dans le cadre de la littérature générale (qui ne se laisse jamais contaminer sans protester).

Pas forcément des problèmes graves ni cruciaux. Peut-être même retrouvé-je des problématiques «classiques» qui pourraient relever de ladite Littérature, mais que j’oserai (vraiment ?) regarder de travers, sous un angle inconvenant, avec des moyens qu’on pourrait trouver suspects. La SF peut aussi parler d’amour, de mort, de fidélité ou de trahisons adultérines. Mais, quel plaisir, elle s’offre le luxe de le faire autrement. Alors, à quoi bon m’en priver? Et comme c’est ça qui m’intéresse, je ne peux que céder à la tentation. Une tentation sans prétention. Je ne demande rien d’autre. Raconter des histoires un peu différentes. Profondes ou pas, peu importe. Mais différentes. Un peu. Quand même.

Quitte à faire fi des genres et à ne pas me poser de questions, ou à ne plus m’en poser. J’ai déjà commis une nouvelle, Œdipe au Labyrinthe, qui n’est certes pas de la littérature générale, mais pas non plus tout à fait de la SF, et pas tout à fait du Fantastique. Elle emprunte à l’un et à l’autre, et s’il fallait la classer il n’y aurait qu’une seule étiquette possible: Imaginaire. Domaine vaste, à géométrie variable sinon confuse. Celui que j’ai choisi, qui m’a choisi (qu’importe!), et dont il est vraisemblable que je ne sortirai jamais. Quoi que je fasse, même si je m’en éloigne je l’aurai toujours à portée, si je veux en sortir un jour j’aurai encore un bout d’orteil qui y traînera. Et après tout, c’est aussi bien comme ça. L’essentiel n’est-il pas d’écrire le mieux qu’on peut ? Tout le reste, à dire vrai, est bien accessoire…

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[11] Tiens, encore une note! Ça faisait longtemps. Donc, la redondance. Je dois avouer avoir traité à de nombreuses reprises les mêmes sujets, sur le premier blog, sur le second, et enfin ici pas trop encore mais rassurez-vous je fais des efforts. Il apparaît qu’au fil du temps certaines de mes opinions évoluent mais ne changent pas substantiellement. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. C’est pourquoi, avant de passer pour complètement crétin, je vais prochainement faire l’apologie du magazine Télérama que j’ai le bonheur de ne presque jamais lire. Oui. Bon. Finalement, je crois que je préfère encore passer pour carrément con sans en rajouter.

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