Dimitri Chostakovitch : Symphonies N°2 « Octobre » (1927) et N°3 « 1er mai » (1929)

250px-kustodiyev_bolshevikJ’ai jugé difficile d’aborder séparément les seconde et troisième symphonies. Œuvres de commande sinon de propagande, elles offrent tout particulièrement le flanc à la critique et permettent difficilement de porter un jugement honnête sur le compositeur. Si, concernant la seconde surtout, elles sont d’une nature « expérimentale »,  on ne les trouvera pas exemptes de vacuités bien maquillées, dont la troisième symphonie d’ailleurs abonde. D’autre part, leur brièveté m’a fait estimer qu’il serait inutile de leur consacrer des fiches séparées, lesquelles seraient forcément bien creuses elles aussi. [1]

 

Symphonie N°2 en si majeur
« À Octobre, dédicace symphonique », opus 14 (1927)

Voici la plus courte des symphonies. Vingt minutes chrono. Un seul mouvement, avec chœur final introduit par une sirène d’usine (remplacée souvent lors des exécutions par quelque(s) cuivre(s) dont la sonorité peut faire illusion).

Du chaos initial extirpé des profondeurs languissantes (Largo) va surgir un épisode agité (Allegro molto) qui se propage de pupitre en pupitre pour nous offrir un foutoir d’une dizaine de lignes mélodiques distinctes, avant qu’on se rassemble dans un bel élan pour faire résonner la chaude rumeur de la sirène susmentionnée, et que le chœur entonne la célébration révolutionnaire qui convient.

Et puis quoi d’autre ? Ben, ça devrait suffire.

La partie la plus intéressante de la symphonie, c’est évidemment quand on ne nous beugle pas un éloge de Lénine et de la Révolution. S’éloignant de sa première symphonie, Chostakovitch tisse là une musique expérimentale d’où l’émotion est plutôt absente. L’Allegro molto, et en particulier toute la section durant laquelle la musique se fragmente en mélodies parallèles, est à mon sens ce qu’on trouvera de mieux dans cette œuvre qui se conclut de la manière la plus « officielle » qui soit.

Symphonie N°3 en mi bémol majeur
« Premier Mai », opus 20 (1929)

Plus creux que ça… il faudra attendre (dans le symphonique) la douzième avant de jouir d’un tel manque de contenu. Oh, pour le contenant, c’est avenant et enlevé, on ne passe pas un mauvais moment, mais il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer.

Après les audaces de la seconde symphonie, on revient à plus mélodique. Mais on garde la structure unitaire en enchaînant les mouvements (Allegretto – Allegro – Andante – Allegro-largo – Moderato : chœur).

Œuvre de commande comme sa grande sœur, elle est d’une certaine indigence, comme si le compositeur avait bâclé le truc pour s’en débarrasser avant d’aller voir un match de foot (il faut garder le sens des priorités).

Point rigolo, le Largo sombre qui précède le chœur exultant devait à l’origine, selon certaines sources, contenir une partie pour mitrailleuse. Vrai ou pas, peu importe. (Les amateurs d’audaces instrumentales rigolotes iront écouter la Grande grande Ouverture de Malcolm Arnold, avec en solistes deux aspirateurs, une cireuse électrique, quatre fusils de chasse ; de fait, c’est mieux en vidéo).

Des interprétation à conseiller? Pour ma part, là comme ça, j’en vois deux. Si on veut ces symphonies sur un seul CD, ce sera Bernard Haitink avec le London Philharmonic Orchestra, chez DECCA. Vassily Petrenko, chez Naxos, nous a fourbi une troisième d’anthologie, enthousiaste et joyeuse – livrée avec une excellente première symphonie – , la 2e étant sur la même galette que la 15e (toujours du bon). Et en plus c’est pas cher.


[1] Ce billet devant, par conséquent, se révéler lui aussi d’une rare inanité. C’est vrai que là, je ne me suis pas fatigué. Mieux valait réserver mes forces pour la symphonie suivante, un monstre auquel il est redoutable de se confronter !

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