Dimitri Chostakovitch – Symphonie N°6 en si mineur, opus 54 (1939)

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Petit rappel concernant la conclusion de la 5ème…

Après une cinquième bien cadrée, voilà une symphonie même pas dans les normes. Tout de même: trois mouvements déséquilibrés (les deux derniers joints ont la taille du premier), et surtout, pas de glorieux final bien dans le ton. Alors qu’avait été annoncée une apologie musicale de ce bien-aimé Lénine. Je vous jure, vraiment… Donc, ni chœurs ni solistes ni exaltation patriotique sans bornes, mais un Largo initial désolé, sombre, avec ici un brouillard dense, là l’ébauche d’une marche funèbre, et là-bas de quoi vous décider à avaler un tube de n’importe quoi pour mettre fin à votre pénible existence (il contiendra hélas une vingtaine de comprimés de vitamine C). On le rapproche volontiers de l’ambiance générale de la quatrième de Sibelius, laquelle serait sans doute un excellent complément de concert.

Suit un Allegro vigoureux, joyeuse cavalcade qui tourne furieuse avant de gambader de façon plus méditative. Et pour bien faire on achève l’auditeur avec le Presto, lancé avec un faux air de Rossini (certain bout de l’ouverture de Guillaume Tell vu en symétrie verticale, si je puis dire) et s’achève avec une incomparable trivialité. Faut dire que, d’après ce qu’on raconte, ce mouvement avait été composé au moment du pacte germano-soviétique, lequel serait resté en travers de la gorge de Dimitri…

La sixième poursuit le sillon creusé par la cinquième. La désolation y est plus prégnante dans son Largo, le sarcasme s’impose dans les deux mouvements suivants. On prête à Chostakovitch d’avoir affirmé dans la presse vouloir emporter l’auditeur dans une humeur de printemps, de joie, de jeunesse, après un long moment de lyrisme contemplatif, dans une symphonie s’éloignant de sa précédente marqué de tragédie et de tension. Soit il se moquait du monde, soit c’est quelqu’un d’autre qui a écrit le commentaire (plus probable). Car la tragédie est toujours là, et le pessimisme est éclatant jusque dans la fougue joyeuse du Presto qui se termine en musique de foire grimaçante et sardonique…

L’accueil fut chaleureux, le Presto bissé, on loua Dimitri de s’écarter encore plus des perversions formalistes (n’empêche qu’il se foutait carrément et ouvertement de la gueule des autorités, qui devaient avoir l’oreille bien encrassée). On critiqua cependant l’architecture déséquilibrée. Sans doute manquait-il un quatrième mouvement (où eussent pu être casé les chœurs et l’ode à Lénine, même si ça aurait fait bizarre, enfin je laisse divaguer mon imagination, ne tenez pas compte de cette remarque).

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Tout ça pour dire que je conseillerai la version Järvi, à laquelle je reste fidèle malgré une réverbération inconfortable et des aigus excessifs, celle de Vladimir Jurovski (chez Pentatone), meilleure certes mais qui m’évoque moins l’ancien temps… sans oublier Bernstein à Vienne (concert public, disponible en DVD), dont le presto – certes remarquable – est d’une surprenante lenteur. Évidemment, il y aurait aussi à mentionner Barshaï, Kitaenko, Haitink, Kondrachine (très bel enregistrement avec le Concertgebouw, si vous le dénichez, couplé avec une formidable cinquième de Nielsen), mais, stop.

Et toujours en images, allez donc voir le finale de la 6e… par le jeune Vasily Petrenko dont l’intégrale chez Naxos est hautement recommandable et pas seulement pour des raisons bassement économiques.

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