Convergences

Le bout de rocher qui se détache et moi qui glisse, n’essaie surtout pas de me rattraper mais qu’importe, une arrête de basalte déchire la jambe de ma combinaison sans presque faire de bruit – et je pense aussitôt à ces sept syllabes définitives : Respect des procédures. Mes premiers mots lâchés. Aucune hésitation, ils s’imposent lorsque Sang-Min se penche sur moi, à la fois inquiet et irrité. Je les savoure. C’est un peu étrange de ressentir les choses comme ça, mais en les prononçant j’ai une délicieuse bouffée de bonheur.

Il a rappliqué presque en courant, pour être sûr que ce n’était pas aussi grave qu’il l’avait cru. Je n’ai qu’à lui montrer que du mollet à la cuisse les deux couches principales n’ont pas résisté, et que la troisième a réussi à se déchirer sur quelques centimètres. Et comme je saigne un peu juste au-dessus du genou, c’est très suffisant pour asséner un strict et définitif rappel au règlement. À trois jours du retour ça la fout mal, tant pis. Moi j’en jubilerais presque. Il faut que je le cache, qu’ils ne devinent pas que je suis ravi de ma mésaventure – même dans l’hypothèse improbable où elle pourrait me coûter la vie.

On palabre. Prévenir le camp. Avertir le vaisseau. Déployer d’inutiles moyens pour me venir en aide. On va sortir un caisson médical dans lequel je serai confiné, examiné, analysé, surveillé, mais je n’ai pas envie de ça, vraiment pas. Pour une bonne raison : ça ne servira à rien. Autant envisager tout de suite une autre option. Et les y contraindre, s’ils daignent enfin m’écouter un peu.

Natalia s’est approchée et me considère avec méfiance.

« Il reste trois heures de marche. Tu veux qu’on vienne te récupérer ? »

Question rhétorique, je réponds adéquatement par la négative. Sortir l’aéroglisseur rien que pour ça, la belle affaire. On me trimballerait durant quelques minutes, pour passer ensuite une journée à le décontaminer de fond en comble. Inutile perte de temps alors qu’on est sur le point de plier bagage.

« Je tiens encore sur mes jambes. » Et de lui sourire mou au travers du casque en ajoutant : « Mais on devrait repartir en faisant un détour. Le terrain n’est pas sûr. »

Elle hoche la tête. Sang-Min hoche la tête. Ils ne bronchent pas, et on prend le chemin du retour en évitant les éboulis de lave. Je n’ai pas trop mal. Juste assez pour ne pas oublier que les prochaines heures vont être pénibles. Quoique je ne sache pas encore exactement pour qui.

*

Suite sur Scribay…

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s