De profundis clamavi (at te, auctor)

Je vais ici faire part d’un ressenti en tant que lecteur.

Je dois avouer que, depuis quelque temps, la plupart de la production autoéditée me sert de laxatif, ce qui provoque toutefois une irritation à certain endroit. Pour une première raison très simple: dans la hâte d’écrire et publier (vendre, en l’occurrence), les auteurs sont envers eux-même d’un manque d’exigence qui devient assez vite insupportable. L’autosatisfaction qui accompagne le minimum de deux fautes par page, les lourdeurs alambiquées ou au contraire les simplifications abusives, sans oublier les phrases bancales, me laisse moins perplexe que désolé. (Ne parlons même pas du je-m’en-foutisme typographique et des mises en forme à l’arrache, j’ai souvent les yeux qui brûlent).

Quant au lectorat qui suit, et à l’accueil favorable de la blogosphère, lorsque j’examine durant dix secondes les commentaires et « chroniques littéraires », je ne m’étonne plus de rien: le niveau linguistique donne souvent l’impression d’être en train de s’effondrer… autant que la faculté des uns et des autres à se remuer le cerveau devient faible, ce qui les porte à trouver trop complexes des textes échappant par exemple à une linéarité de bon aloi. Quand ceux qui jugent écrivent bien mal et avalent roman après roman sans réfléchir, et sans avoir pris le temps de la digestion, leur avis vaut-il encore quelque chose? Hormis comme soutien publicitaire?

On se gargarise de « belles » couvertures (ce qui en l’occurrence peut revenir à orner une table Ikéa de motifs à la feuille d’or), et on passe l’éponge sur le reste, puisque le succès est au rendez-vous. Être au top semble seul garantir la qualité, mais on me permettra de souligner que ce n’est pas parce que tout le monde aimerait la piquette que ça la mettrait au-dessus d’un vin correct ou d’un grand crû. Sans élitisme, je n’ai pas envie de me gâter le palais avec du gros rouge qui tache. Je n’ai pas envie non plus de me taper un bouquin plus que correctement écrit mais affligé d’un manque cruel de corrections: je ne paie pas pour lire des fautes, moi…

Voilà pour la forme. Pour le fond, entre platitudes et resucées d’hybrides cinématographiques il faut louvoyer pour dénicher (dans quelque tréfonds de classement) des œuvres nécessitant d’être un peu (r)éveillé pour lire, ce qui revient à pratiquer l’orpaillage dans le delta du Rhône.

En tout cas, farfouiller sur Amazon ou Kobo autant que parcourir les adéquats groupes Facebook me pousse à retourner dare-dare sur des sites tels que L’Allée des Conteurs / Le Conteur, Atramenta, ou Scribay, ou Wattpad (dans ses recoins), bref là où se pratique une expérience de l’écriture sans mercantilisme et souvent avec plus de « sérieux ». J’y trouve mon bonheur à une fréquence nettement supérieure. Non seulement parce que l’originalité, la profondeur et la qualité m’y semblent en plus grande proportion (même si ce n’est pas énorme). Mais aussi parce qu’on y pratique une certaine humilité réconfortante. On notera que je ne mentionne pas MonBestseller: c’est comme un zoo où se concentre la faune amazonienne (et un condensé des pratiques indésphériques, avec les dégommages en règle, les entreléchages de fondement, et les exaltations devant des insignifiances; de rares textes méritent une attention soutenue, d’autre part cette plateforme offre un grandiose inconfort de lecture: je préfère donc l’oublier).

J’ai dû, en un an, acheter quatre livres autoédités seulement. La prévisualisation d’un petit paquet d’autres m’a dissuadé: publication mal fichue et errances typo-orthographiques m’ont fait reculer, quand le contenu n’était pas indigne d’une alléchante présentation. Il va de soi que je suis passé à côté d’un certain nombre de titres que j’aurais aimé (parce que je ne suis pas orpailleur…), ce que je regrette (pas mon porte-monnaie).

En conclusion, je voudrais signifier ceci à mes confrères* autoédités. Certes, vous affirmez que tout travail mérite salaire, ce qui légitime que vous vendiez vos livres. Encore faudrait-il qu’il y ait travail effectué jusqu’au bout (avant de vous lancer dans une promotion acharnée).

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* Autoédité moi-même, je me doute avoir mes tares, défauts, faiblesses, et autres ignominies. Je fais même plus que douter, ce qui me porterait à me réfugier dans les zones grises de l’internet, à savoir les espaces de web-publication méprisés par l’autoédition (les chroniqueurs, n’en parlons même pas) mais où on se remet en cause avec détermination. Maintenant, si vous avez des reproches à me faire en tant qu’autoédité, allez-y. Évitez seulement de me taxer d’aigritude devant mon insuccès amazonien, parce que je trouve mes satisfactions… ailleurs (et que je me fous de fréquenter les abysses des classements).

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