VOUS AUTRES / Phase Zéro / Préambulatoire

tumblr_mix2sgu5qy1qd3aqzo1_1280Avant de passer à la moulinette dans le bureau du Directeur général, j’eus droit à une tasse de café, aux sourires affectés de ses deux secrétaires, mais hélas pas au privilège de pouvoir me grignoter les ongles, assis dans le petit canapé parme du salon d’attente. Pour d’absconses raisons protocolaires, je devais attendre debout dans le couloir attenant, où une caméra surveillait mes pérégrinations résignées d’un mur à l’autre, alors que je contemplais les luxueuses reproductions de mappemondes et cartes anciennes que collectionnait le grand Chef. Une fois ou deux je faillis succomber à la tentation de tirer la langue à l’œil sinistre qui me surplombait, et résistai sans défaillir à la brûlante pulsion de consulter ma montre. S’Il avait la bonne idée d’observer mon irréprochable comportement, il était préférable de me dispenser d’actes déplacés. Je me contenterais de sourire niaisement avec application, en apprenant par cœur la Table de Peutinger.

D’une main toutefois moite, je serrais le porte-documents livré le matin même, accompagné de la magnifique convocation jaune fluo qui m’avait propulsé vers les étages les plus élevés de notre bureaucratie. J’allais être viré : telle en était la brutale signification. On disait que certains, à la vue du splendide feuillet, s’étaient jetés par la fenêtre sans l’ombre d’une hésitation, n’ayant pourtant pas grand-chose à se reprocher – hormis des vétilles, comme un rapport trop vague, non référencé, voire transmis avec un léger retard. Peu adepte du plongeon sur bitume, je sentais toutefois pointer une angoisse subtile, avec la certitude que cette inutile attente dans une antichambre suffirait à la faire exploser, pour me transformer en serpillière suppliante dès que la porte capitonnée s’ouvrirait avec cet ineffable soupir qu’elle seule savait si bien pousser.

Le porte-documents était scellé. Vaine précaution, car chacun en connaissait l’inévitable contenu. Durant une heure j’avais été gratifié par les collègues de compatissantes tapes dans le dos enrobées des remarques de circonstance. J’étais à peine dans l’ascenseur qu’ils entamaient la guérilla visant à s’emparer de mon bureau. J’y avais laissé mes effets personnels, qu’on aurait le bon goût de fourrer dans un vieux carton avant que je remonte faire mes adieux. La tradition voulait qu’ils fussent larmoyants, de sorte qu’une question essentielle se poserait durant le reste de la journée : À votre avis, dans combien de temps va-t-il se faire la peau ?

Je passai au mur suivant. L’attente était longue, mais c’était couru d’avance : laisser poireauter les subalternes faisait partie des usages. Un doigt de mauvaise humeur se mêlait à l’inquiétude. S’il était écrit que ma patience serait mise à l’épreuve, ses limites seraient bientôt atteintes. Lorsque je fus lassé de la carte de Pomponius Mela, je retournai considérer la version réduite de la table de Peutinger, m’amusant à chercher une destination qui me siérait, une fois poliment expulsé de l’Agence.

Trouver un endroit où aller m’échouer était cependant une préoccupation bien vaine. On me mettait dehors, à la suite de quoi il y aurait trois possibilités : je disparaîtrais, ou je mettrais fin à mes jours comme cela arrivait parfois, ou je me ferais sournoisement liquider, pour une raison obscure. Trois options combinables afin de brouiller les pistes. La plus certaine était la première : quoi qu’il advienne, je serais prié de me faire transparent sinon inexistant, et de décamper sous une nouvelle identité. Les deux autres me semblaient des contes inventés pour faire trembler les agents lors des nuits d’insomnies consécutives à l’accumulation de diverses boulettes.

En y pensant bien, l’Agence elle-même était une fable. Elle n’avait aucune existence officielle, mais occupait pourtant un bel immeuble de cinq étages (plus trois sous-sols) où s’activait une centaine de personnes. Son invisibilité était garante de son efficacité, voulait-on faire croire. Il valait mieux entendre qu’indiscernable, elle ne laissait pas transparaître sa stricte inutilité. On faisait miroiter également que les employés de l’Agence faisaient à tous les niveaux de la hiérarchie partie de l’élite de services tellement spéciaux qu’ils étaient absolument secrets, au point que des instances officielles ne soupçonnaient même pas la proximité d’une bien déloyale concurrence. Or, s’il fallait nous reconnaître à tous une qualité essentielle, c’était d’être de sacrés jean-foutre. Et grassement payés pour le rester.

*

Une des deux secrétaires passa en coup de vent, portant deux dossiers à son Dieu et Maître. Le battant soupira sans joie et je le considérai ostensiblement pendant quelques secondes. La poignée de cuivre était un petit globe terrestre pas encore usé. Le seigneur des lieux n’était pas là depuis longtemps, pour avoir à peine eu le temps d’imposer sa touche personnelle au décor. Je ne l’avais pas encore rencontré, ce dont je ne pouvais me formaliser : je n’avais après tout jamais entrevu son prédécesseur, qui n’était resté en fonction que quelques mois. Un nouveau couinement de charnière accompagna le retour de la diablesse rousse qui grimaça à peine et m’assura de l’imminence de l’entrevue. Mains derrière le dos, je me dandinai en hochant la tête. Je n’étais pas si pressé de me faire mettre à la porte.

Ça, je m’y attendais depuis ma prise de fonction. Durant trois ans, pas un jour ne s’était écoulé sans que je m’apprête à trouver un matin la convocation et le porte-documents, bien en évidence sur le bureau, posés là dans la plus délicieuse discrétion. C’était une des règles du jeu. Le cheptel des agents devait être renouvelé assez souvent, à coups de stratagèmes parfois foireux. Ceux qui tenaient à leur place multipliaient les bassesses. En général ils partaient plus vite que les autres. Si j’aimais bien travailler pour l’Agence, je n’avais pas assez l’esprit de l’huître, comme on disait, pour avoir jamais voulu me river à mon bureau jusqu’à la mort et prendre pleinement part à ces puérilités. J’avais été recruté sur de vagues recommandations qui pouvaient venir de n’importe où, et m’étais satisfait d’être là, avant de prendre goût aux vicieuses activités qui nous occupaient. Mais conserver mon poste ne m’était pas le moins du monde vital.

Si nous ne fichions rien, comme je le disais plus tôt, c’était avec style. Ceci me plaisait assez, me divertissait souvent. J’avais ainsi été, un temps, chargé de l’examen des livres de certain éditeur, dont le contenu était censé receler des messages cryptés à l’adresse de groupuscules extrémistes de bords divers. Bien sûr il n’en était rien. Mais le décodage de romans, à l’aide d’un logiciel adéquat, était un ravissement sans bornes. La machine traduisait des scènes d’amour en manifestes politiques complètement invraisemblables. Les résultats étaient d’une drôlerie telle que je m’appliquai même à faire ingérer du Spinoza à ma bécane, qui me renvoya un programme bien tourné d’anéantissement de la race humaine. C’était avec regret que je devais renoncer à collectionner des copies de ces transcriptions. « L’éthique des combattants impies se subordonne au clivage religieux implicite au sein des périphrases apocalyptiques rédigées par le secrétariat intime du Maître des Liens ». Voilà par exemple un commentaire éclairé sur la traduction d’un fragment d’Héraclite. Il y eut bien mieux. Ce n’est qu’un faible exemple. Si je m’en souviens encore, c’est que je débutais à peine dans la maison, et qu’il s’accompagna peu après d’un incendie suspect dans les locaux d’une secte picarde que nous surveillions mollement.

Nous usions tous d’instruments performants d’encodage-décodage, élaborés par des ânes savants qui ne se doutaient pas des résultats surprenants qui surgiraient de nos analyses. Outre les livres, mon service s’occupait de déchiffrer systématiquement les messages subliminaux des compositions de crèmes antirides : il y avait donc une section de cryptocosmétologie. Les denrées alimentaires étaient dévolues à une autre. Pourrait-on imaginer le danger caché dans la moindre date de péremption ? C’est l’annonce fatale d’événements obscurs, qui se produiront ou pas en fonction de la conjoncture économique, et de la mise en corrélation avec le code-barre du produit. Le principe de précaution primant, nous faisions grand cas des pronostics faits à partir de sources aussi fiables. Sans, je l’admets, les prendre plus au sérieux que cela. D’autres s’en chargeaient avec brio.

Faut-il le dire ? Notre rôle était de l’ordre de celui des haruspices. Mais faute de lire dans les entrailles, nous nous penchions sur les morues surgelées. On pourra ricaner de telles activités. Moins comiques en étaient les conséquences. J’ai déjà évoqué mon fragment d’Héraclite. Qu’une princesse étrangère ait été victime d’un accident automobile au milieu d’un tunnel tient en vérité au fait qu’une librairie proposait en promotion les atroces recueils de quatrains d’un gangster repenti. Ce n’est pas le seul cas. Il me revient ainsi en mémoire l’exécution sommaire, dans un bar de Marseille, d’un flic véreux, certes, mais qui pour le moment se tenait tranquille. La cause en était, je crois, certaine mise en scène de Macbeth. Il est vrai que l’épouse de la victime allait le pousser à la faute. En toute vraisemblance, il s’agissait pourtant là juste d’une malheureuse coïncidence.

*

Mon regard se perdit dans le vague. Quitter l’Agence serait un déchirement, mais je m’en remettrais. Dans quelques heures je m’appellerais Dudule ou Vasyducon, j’aurais de nouveaux papiers, de faux diplômes en n’importe quoi, une famille fictive, tout l’attirail pour démarrer une nouvelle existence. Célibataire, depuis longtemps sans attaches, orphelin de mère presque depuis ma naissance, j’avais été un bon candidat au poste. On m’avait fait signer des formulaires où je m’engageais à ne pas entretenir de relations suivies, sauf avec chats, chiens ou poissons rouges. Je laissais croire que j’œuvrais dans une officine de traducteurs de manuels techniques. C’était un peu vrai, d’une certaine façon. Comme je ne parlais jamais boulot, on devait estimer qu’il était rébarbatif. Aurais-je eu l’idée d’inventer des journées de travail à l’usage de mes quelques fréquentations ? On m’avait suggéré (quel euphémisme !) de rester muet. C’était la meilleure solution. Désormais, je n’aurai même pas besoin de me taire. Ils constateraient bientôt que je leur avais fait faux-bond, estimeraient que si je ne donnais plus signe de vie il valait mieux m’oublier, et je sombrerais dans l’indifférence.

Plus difficile, il faudrait que moi-même j’occulte les années passées, jusqu’à être convaincu de la réalité de la biographie de remplacement qu’on m’imposerait. L’occasion de mettre en pratique les longues séances de formation à l’auto-hypnose, effectuées à Biarritz. Un excellent souvenir, presque autant que les cours de cosmostéganographie. Voire peut-être les séminaires sur le surchiffrement à masque jetable. Des techniques qui me seraient bien inutiles. Il m’arriverait encore, par réflexe, de vouloir appliquer la méthode du chiffre de Gronsfeld en lisant l’horoscope dans le journal. Fâcheuse habitude. Il faudrait m’en défaire.

Je fermai les yeux. Le planisphère de Diego Ribero était gravé sur ma rétine. Je chassai les souvenirs de mes pensées. Depuis combien de temps me balançais-je d’un pied sur l’autre dans ce réduit entre deux bureaux ? Hormis le vrombissement de la climatisation, il n’y avait aucun bruit. Le secrétariat était exempt de sonneries de téléphone, de cliquetis de claviers. Il semblait ne rien s’y passer, ce qui devait être le cas. Faute de pouvoir m’asseoir, j’avais passé en revue toutes les cartes. Pourquoi me faisait-on languir de cette façon si insupportable ? Je cherchai dans la pièce un indice. Quelque chose m’aurait-il échappé, justifiant que je fusse encore là ?

Un peu plus tôt j’avais étudié la table de Peutinger. Elle occupait la moitié d’un mur. Je revins l’examiner. Que pourrait-elle cacher ? Une farce stéganographique ? Si un message y était dissimulé, j’avais tout intérêt à le découvrir. Peut-être était-ce la clé de mon attente. Il m’avait bien semblé trouver quelques anomalies dans cette copie, mais je n’y avais pas fait attention. La calligraphie de certains noms m’avait paru curieuse. En quoi ?

Je repérai vite la bizarrerie : d’anciens caractères d’imprimerie s’étaient glissés çà et là. J’en fis le compte, tâchai de m’en souvenir et de les mettre dans un ordre significatif. Quelques minutes me suffirent pour découvrir la phrase « Maintenant vous pouvez entrer », qu’amusé je répétai à voix haute. La secrétaire se tenait sur le seuil : le Directeur était enfin prêt à m’accueillir. À l’évidence un peu de jugeote m’aurait fait perdre moins de temps. Peut-être venais-je même, par stupidité, d’aggraver ma situation.

*

J’ouvris la porte, qui émit un grincement en mi-bémol. Le Directeur me regarda approcher avec bienveillance. Je lui tendis la convocation. Il me fit signe de m’asseoir, rapprocha le cendrier, alluma une cigarette et soupira (en fa dièse). Pendant un instant il me jaugea du regard, saisit un coupe-papier, arracha le sceau du porte-documents, en retira le contenu, et demeura silencieux. Alors que le monde s’effondrait autour de moi, je constatai qu’il se grattait le front, pensif. Puis il m’observa durant quelques secondes avant de réprimer un rire. Il me tendit un tas de feuillets et me demanda de les parcourir. Nous en parlerions ensuite. Je pouvais prendre mon temps. Interloqué, je le regardai puis baissai les yeux et commençai à lire. Finalement, je n’étais pas viré. Mais en un certain sens, c’était pire.

Je ne me faisais aucune illusion en entrant, encore moins en reposant les documents. Il y avait un piège. Je le sentais comme on sent le parfum d’une étable au détour d’un chemin.

« Vous acceptez ? »

Le Directeur n’y allait pas par quatre chemins. Avais-je vraiment le choix ?

« Oui. Bien sûr. Avec joie. »

Autant faire semblant. Mais je n’étais pas dupe : je jouais ma tête, cette fois-ci. Au sens propre.

« Vous n’avez jamais eu de Mission. Vous pensez vous en sortir ?

— Possible.

— C’est une petite Mission. »

Sûr, vu comme ça…

Il sortit deux flûtes à champagne d’un tiroir et alla réclamer une bouteille de mousseux. Nous allions fêter ma première Mission. Sinon la dernière, pour ce que je pouvais estimer.

« Est-ce que je serai… équipé ?

— Rien du tout. Vous vous débrouillerez. Ça ne se justifie pas. Évitez juste la cuisine italienne. »

Très drôle. Il y avait quelque part une allusion à du parmesan. Correction : à trois cadavres dont l’estomac était assaisonné de sauce tomate et l’œsophage encombré d’une énorme dose de parmesan. Ce n’était pas très clair. En tout cas on me demandait, si nécessaire, d’enquêter sur le fromage en question. Je ne savais pas trop ce qu’il fallait espérer d’une telle suggestion.

« Aurai-je de l’aide ? »

Gloussement. Il me tendit une flûte.

« Vous n’avez vraiment pas besoin d’assistant pour ce genre de Mission. Ce serait gâcher le personnel. Et je sais que vous vous en sortirez très bien tout seul. »

Je me résignai. Pour être seul, je le serais. Faisant mine de déguster mes bulles, je récapitulai. On faisait comme si j’étais viré. Donc je changeais d’identité, d’appartement, étais prié de ne plus fréquenter le troquet de Geneviève où j’avais mes habitudes, et de ne plus mettre les pieds au cinéma de mon actuel quartier, où je retrouvais Max et Stéphanie une fois par semaine. Manque de bol, je ne connaissais pas grand monde en dehors d’eux, et je les aimais bien. Surtout Stéphanie. Probablement pour des raisons hormonales.

J’aurais aussi droit à un changement de coiffure. C’était le minimum requis pour me faire changer de tête. Ensuite, si besoin, je serais expédié dans une petite clinique me faire aplatir deux ou trois rides. J’étais contre. Il le savait bien, et n’avait pas insisté. J’aurais le choix. Sauf pour les cheveux. Il faudrait les laisser pousser un peu, les éclaircir et les coiffer n’importe comment. Être bien moins brun n’était en soi pas un trop grand sacrifice, mais ça n’augmenterait certainement pas l’impact de mes yeux bleus sur le sexe opposé. Il était de toute façon déjà bien faible.

Et il y avait la tenue. Je ferais dans le jeune chic et branché. Pas mon genre, et plus trop de mon âge, mais les nécessités de service l’imposaient. Quant à mes goûts musicaux, j’étais prié de les oublier un peu : plus de soirées baroques dans les églises. En revanche je serais membre d’un club privé, pour les besoins de la cause. Un certain Per Felsen, statisticien et numérologue à ses heures, s’y noyait chaque soir dans la bière. C’était ma première cible. Je ferais semblant d’adorer le disco le temps de m’acoquiner assez avec lui pour en tirer le meilleur. S’il voulait daigner être coopératif, ce ne serait pas trop long.

« Vous avez bien compris ce qu’on attend de vous ? »

Je sursautai. Il m’avait surpris en pleine réflexion.

« À peu près. »

Je n’allais pas dire mieux. Il fallait savoir pourquoi deux mathématiciens et un astrologue étaient morts dans leur baignoire, gavés de parmesan, après un dîner dans le restaurant Chez Luigi & Clara. Si c’était la faute du cuisinier, une coïncidence troublante, ou leur commune fréquentation d’une doctorante en physique nucléaire répondant au ridicule prénom de Priscilla. J’étais déjà sûr qu’il était bidon et qu’elle était aussi spécialiste des particules que moi du tennis de table. L’exposé des motifs de la Mission ne disait pas tout, c’était évident.

« Vous passerez à la Centrale d’Analyse transdisciplinaire appliquée pour les compléments d’information, dit-il comme s’il avait suivi mes pensées. Ensuite, soyez courageux et perspicace. Vous n’avez que cinquante jours. »

La Cata. Bien sûr. Autant aller quérir des renseignements théologiques auprès de staliniens pur jus. J’irais, mais ce serait juste pour le tourisme. La Cata portait bien son nom. Je n’en avais jamais rien tiré, ces gars-là n’étaient même pas fichus de distinguer un verbe d’un complément.

« Cinquante jours, je sais bien, mais si ça ne suffit pas ?

— Cinquante jours. Pas un de plus. Et n’oubliez pas, vous devez chaque soir rédiger votre rapport. Ou quand vous voudrez, je m’en fiche. Quatre doubles pages au minimum. Vous pouvez raconter ce que vous voulez, mais pas la peine de mentionner votre programme télé. Sauf si c’est pertinent. Sinon nous devons tout savoir. Même que vous vous envoyez en l’air, et avec qui. N’oubliez pas les détails. »

J’appréciai peu. Surtout le souci des détails. Mais je le dévisageai, avec mon regard le plus franc possible.

« Vous pouvez compter sur moi. »

Sauf que si je devais faire des galipettes, il était hors de question que j’avoue avoir aussi fait le poirier.

Il hocha la tête. Je n’avais pas encore pris le temps de le détailler vraiment. À qui me faisait-il penser ? Au Nestor de Moulinsart. Oui, c’était pile ça : mon Directeur sortait tout droit de l’imagination de Hergé. Me glissant une main sur l’épaule, il me reconduisit à la sortie. Je serrai virilement la main de ce Nestor dont en fait j’ignorais le nom, et redescendis récupérer mes quelques bibelots tout en jouant auprès de mes anciens collègues une mascarade qu’on aurait pu intituler La Contrition humaine.

Avant de quitter les lieux, je m’attardai dans le bureau de Bernard, le type le plus marrant possible quand il narrait ses problèmes de zoocryptologue. Je n’avais jamais compris ce qu’il faisait au juste. Mais tout ce que je savais désormais, c’était qu’il adorait certains plats italiens et surtout certain restaurant. Qu’on le voyait traîner aux alentours du Panthéon où il retrouvait une petite blonde qui faisait des allers-retours entre les divers sites du Collège de France – devinez qui. Et qu’enfin je devrais avoir un œil sur lui. Discret, mais insistant et curieux. Dans cette affaire de parmesan, découvrir le rôle de Nanard était mon second objectif.

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