Traversées, de biais (bilan dans la brume)

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Après la toute dernière chronique au sujet de Traversées des Limbes, il a été décidé de faire non une réponse défensive (comment, t’as pas connu l’extase absolue en me lisant ?) mais de confier ce que je pense plus ou moins intimement de nouvelles qui ont entre cinq et trente ans d’âge. Pour être exact, je partage la même préférence pour certaine nouvelle, suis partagé quant à une seconde. Il reste, pour certaines autres, un doute sur la pertinence du tempo et/ou rythme retenus. Un dernier petit lot me fait froncer les sourcils. Les années ont passé, et je deviens de plus en plus critique (voire parfois franchement insultant) en me relisant.

Avec le recul, j’aurais pu (dû ?) ne pas flanquer sans discernement en un seul volume des textes disparates (en genres, notamment). Il est envisagé a/ de republier en numérique seul des titres isolés, b/ de reprendre ce qui est SF dans un futur recueil SF, option cependant rejetée à l’unanimité lors de précédents débats entre mes diverses personnalités, le vote final ayant été reporté sine die puisque l’affaire est soumise à une commission d’enquête ad hoc.

Quant à la question de l’herméticité (sic) on ne me fera pas y renoncer pour assurer une lisibilité supplémentaire. On y sera rétif ou pas, quand une impalpable obscurité est quelque peu nécessaire l’auteur ne saurait s’en dispenser. Il y a en l’occurrence deux cas de figure. Soit c’est de l’esbroufe, une manière de masquer un propos insignifiant sous une chape de complexité illusoire, soit il convient de traquer certaines subtilités qui ne se laissent pas facilement prendre au filet. J’espère bien ne pas avoir succombé à la première possibilité. Reste en tout cas le constat que les écrits concernés exigent de se mettre en état d’interpréter des tournures qui peuvent être ambiguës, et que l’exercice n’est pas facile si on manque d’habitude. C’est à ce seul prix qu’on pourra décider qu’il n’y a que du vide dans la coquille, ou qu’elle contient peut-être plus que ce qu’elle veut livrer. J’éviterai de me prononcer : les lecteurs auront le dernier mot sur la question, et seront bien meilleurs juges que moi.

Sur ce, comme annoncé, récapitulons.

*

Ces petites choses / 25 01 2002

Apéritif, grignotage en attendant plus consistant. Je sais de quoi je parle, les lecteurs en général non. Une seule lectrice a jamais donné l’interprétation correcte, son sens de l’observation lui ayant alors été fort utile. Nous rîmes bien. Je tiens ces quelques paragraphes pour un tantinet anecdotiques, j’aurais pu les écarter de la sélection. Trop tard.

Presque Rien / 7-11 02 2002

« Marguerite Duras, sors de ce corps. » La possession (démoniaque) n’est pas évidente, mais je sais bien que c’était une tentative de parodie (sérieuse). À la relecture, parfois j’aime encore, parfois plus du tout (chiant comme un Rohmer, ai-je pu penser une fois ou deux).

Passages / 01-02 février 2002

Je me dis toujours qu’il faudrait que je la reprenne, mais sans toucher à la fin ou alors le moins possible, parce que globalement je suis très insatisfait et frustré de plein de choses dedans. Écrite en deux jours, corrigée en… hum, passons.

Perpetuum Mobile / août 2006

Recyclée dans le recueil collectif Sur le fil (epub ici, mobi & papier là) avec quelques corrections, elle a au moins deux défauts, l’un étant que je me fais un clin d’œil appuyé que personne ne peut comprendre attendu que la référence est indisponible (un roman SF mis au cachot et qui n’en sortira jamais). Mon avis : oui, mais…

Encre de Chine / août 2010

Bon, ça reste presque celle que je préfère, je crois. Quelques années la séparent des précédentes, j’avais réussi à me dégager d’une tendance stylistique confinant au balai dans le… et craignais moins de secouer une idiote pruderie. Longtemps j’eus été incapable d’écrire couille ou nibard dans une fiction. Maintenant que je peux, je n’en ai pas besoin, c’est dommage. Bon, pour l’inspiration, se faire mater dans un train par un bel asiatique, ça peut donner des idées… d’histoires.

La Roseraie / juillet 2006

Hum, comment ça m’est venu j’ai oublié. Il faisait une chaleur à crever, ça je m’en souviens. Peut-être que la canicule d’alors n’est pas innocente quant au sujet. Je reste enclin à l’apprécier.

Festina Lente / février 2013

Une des seules que je peux dater précisément (point final planté le 18 février 2013), dont je me souviens précisément de la genèse, laquelle je préférerais en partie oublier. Passons. Le principe était d’imaginer une histoire à partir d’un tableau. J’ai fait assez court, ça valait mieux.

Le Maître / décembre 2006

Personne n’a jusqu’ici demandé si ce ne serait pas un hommage (lointain ?) à Buzzatti, pourtant oui, mais peut-être que plus personne ne connaît Dino (hors certain recueil). Je la trouve encore agréable voire rafraîchissante. Bref, il y a pire comme conte de Noël.

Dies Irae / septembre 1988

SF post-apo, soumise alors à la revue Antarès qui la refusera au motif que « nous ne publions pas de poèmes en prose ». Dur d’être partagé entre dépit et fou-rire, ceci dit pas de regrets, leurs couvertures étaient super-moches. Celle-là, torchée en une soirée, a subi peu de retouches. Un tort ? À part ça, musique d’accompagnement bienvenue : Chostakovitch, adagio initial de la huitième symphonie (par Bernard Haitink avec le Concertgebouw d’Amsterdam : tant qu’à faire autant choisir une version bien torchée).

Passacaille et Fugue pour piano et orchestre, opus 106 / 15 septembre 2012

On aura du mal à se souvenir de la plateforme Scryf, qui n’a pas survécu aux impératifs de la vie quotidienne de ses fondateurs, et portait pourtant en germe quelque chose que je retrouverai chez Scribay (le quelque chose s’est hélas perdu depuis), mais l’origine de cette nouvelle se situe là, dans un défi consistant à caser dans un texte deux phrases imposées. Le jour où je liquide le recueil sur BoD, cette nouvelle trouvera une nouvelle demeure (après un peu de chirurgie esthétique). Bâclée en une journée, affinée en cave durant bien plus de temps. J’ai parfois envie de l’amplifier un peu. Ma seule incursion dans le dystopique.

Peut-Être / décembre 2005

Oh, bon, que dire… J’ai la conviction que je l’ai ratée (ou qu’il y a tout un passage qui merde). Aveu indispensable : je tenais à caser la dernière phrase. Une obsession lointaine, il a fallu au moins dix ans pour y parvenir. Sentiments très ambivalents la concernant.

Œdipe au Labyrinthe / décembre 2005

Alors c’est quoi, ça ? Pas SF, pas vraiment fantastique, ou alors entre les deux, enfin oui, non, et puis on s’en fout. Mon avis : faudrait encore de la correction (au fouet). Si c’est sans doute un peu hermétique, c’est pas ça qui m’empêchera ultérieurement de la reprendre dans un volume plus adéquat.

Arithmétique des Limbes / septembre 2009

C’est encore de la SF, ça ? En partie, et pas vraiment sur le fond. Désormais je ne sais plus si elle mériterait d’être reprise, mais je l’aime bien quand même, allez, fais pas la gueule quoi. Trois soirées de tapotage en vinrent à bout pour le premier jet. Est à l’origine de l’idée d’un roman qui ne sera jamais achevé, et incidemment de la nouvelle « Ad Infinitum » qui clôt Palimpsestes futurs. Il est inquiétant que la thématique autour de laquelle se construisent ces textes me poursuive avec assiduité.

Ultima ratio regum / octobre 1993

L’ultime raison des choses : j’ai piqué le titre latin à un poème de W. H. Auden. Il y a une influence d’un certain Lockenath Battacharya, d’où que ça fasse dans l’hermétique poétisant, mais j’assume. Ce sont des pages à déconseiller aux dépressifs suicidaires sauf si on veut s’en débarrasser. L’auteur confiera à voix basse qu’il ne s’est presque jamais autant poilé qu’en écrivant ça mais réclame que vous n’appeliez pas les urgences psychiatriques, il y a prescription.

Transfiguration / août-septembre 1993

Il fallait faire contrepoids, je n’allais pas conclure sans un peu d’optimisme. L’écriture de cette nouvelle se situe immédiatement avant celle de la précédente, donc Lockenath traînait déjà dans le coin, et le côté poétique hermétique est tout aussi indéniable, ce qui freinera encore certains enthousiasmes. Affection persistante pour ce texte, nonobstant qu’il donne l’impression que j’avais fumé des trucs. (Inutile, je plane très bien tout seul.)

*

Des quinze, restent donc cinq auxquelles je tiens encore vraiment beaucoup, et deux que j’ai envie de placer en détention pour usurpation de qualité et abus de faiblesse sur auteur. Comme résultat, c’est déjà pas si mal.

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