Sci-Fi mélodie

tumblr_obls8xtjgk1s7ur72o1_1280La science-fiction a cela de pratique qu’on ne sait jamais vraiment ce qu’elle est. Il est facile de s’y perdre et j’en suis venu à ne même plus chercher une définition qui l’embrasse de façon suffisamment convenable et convaincante. Je ne m’ingénierai pas plus à la déterminer par ses thèmes : exercice pratique mais insuffisant, tant le genre est protéiforme et en perpétuelle mutation, poussant ses tentacules partout où il peut.

Je la tiendrai volontiers, en premier lieu et pour rester pragmatique (sic), comme un vaste laboratoire où se mènent diverses expérimentations imaginaires, dont la variété est extensible à outrance. Ce qui va jusqu’à piler de la craie dans de l’eau de rose pour voir ce que ça donne (de l’avis général : du temps perdu, ce qui est déjà un résultat). Laboratoire donc, mais aussi territoire fantasmatique où se transmuent avant tout les questionnements sur le monde d’aujourd’hui. Ce qui n’est pas forcément incompatible.

De toute manière, pour moi la SF fonctionne comme apportant des réponses, plus ou moins crédibles mais qui doivent tendre à être plausibles, à des « Et si?… ». Mais, bien entendu, des « Et si ?… » qui lorgnent vers des ailleurs (dans le temps et/ou dans tumblr_nzz4iaohgc1qgqalvo1_540l’espace). Et qui conservent au moins une légitimité dans un apparent irréalisme. Un auteur de SF ricanera volontiers, et avec raison, en évoquant l’aérodynamisme approximatif des dragons qui pullulent chez certains de ses confrères sévissant dans la fantasy (l’aisance avec laquelle ces bestioles envahissent l’espace aérien est consternante, alors que la portance négligeable de leurs ailes ferait pouffer les chauve-souris). Mais en même temps, s’il met entre les mains de ses héros des pistolets à antimatière, n’aura-t-il pas l’air vraiment con ? Si en SF on peut se permettre beaucoup de choses, il y a cependant des limites à ne surtout jamais franchir. Sauf, le cas échéant, muni d’un pseudonyme qui préservera d’une honte éternelle. Fermons toutefois cette passionnante parenthèse surgie des confins de mon précaire univers mental, et reprenons un plus digne cheminement.

Le domaine reste ainsi fondamentalement ouvert, ce qui me plaît d’autant plus qu’il déborde un cadre strict, dans lequel on tend souvent à vouloir l’enfermer. Mais ceci est le plus souvent le fait de ceux qui n’y touchent qu’à peine, avec un regard réducteur, pour le placer au sein d’une des strates inférieures de la littérature (sous les romances débiles, c’est dire).

Je ne parviens pas à me faire à cet état d’esprit. La fiction littéraire recouvre des territoires dont les frontières sont la plupart du temps imprécises, bien que des cartographes zélés et obtus se fassent fort de tracer des limites péremptoires. Je ne fréquente pas certains terroirs dont le paysage m’attire trop peu, mais en reconnaissant qu’il s’y cache sans doute une bonne quantité de trésors. Je ne m’interdis pas d’y aller voir un jour. Pour moi la qualité d’un écrit importe plus que ce dont il parle. Il n’y a pas de genres inférieurs, seulement des bouquins qui ne valent rien. Autrement dit et pour faire bien bref, un mauvais roman de littérature « blanche » vaudra toujours moins qu’un bon polar ou qu’un bon SFFF. Seuls des préjugés stupides s’efforceront de laisser croire le contraire. Et y parviendront, hélas, trop souvent.

Encore une parenthèse…

5207df12d5d7bdfb9d0d35eadc19dc09-d9uwq8rTombé dedans tout jeune, parce que le (maigre) rayon était en première ligne à la bibliothèque municipale de Belfort (difficile de ne pas tomber directement dessus), je reconnaîtrai cependant avoir toujours eu une prédilection pour la SF, notamment quand celle-ci confine au questionnement philosophique. Pas étonnant donc que je sois demeuré fidèle à Stanislas Lem, lequel est en grande partie responsable d’un parcours universitaire qui aura tourné court lorsqu’il est devenu évident que je développais une allergie carabinée aux penseurs du genre Heidegger. Ni que je me sois coltiné Créateur d’Etoiles d’Olaf Stapledon (une splendide vieillerie de 1937), qui aurait dit-on d’ailleurs influencé le Polonais susmentionné. Bref, c’est ainsi que je suis toujours passé complètement à côté de la branche space-opera et des grandes machineries avec plein de vaisseaux spatiaux qui font vroum, de lasers multicolores qui font pchittt quand ils sont discrets, et d’empires intergalactiques qu’on traverse plus facilement que Paris aux heures de pointe un jour de grève RATP/SNCF. Non, il me faut souvent du presque intime, constamment du réflexif, et j’ai seulement une pincée d’auteurs et livres fétiches. Ursula Le Guin, Elisabeth Vonarburg, J. G. Ballard, Robert Silverberg, Clifford Simak, Theodore Sturgeon, Arthur C. Clarke, Christopher Priest… Bon, il y en a d’autres, donc plus qu’une pincée, mais mon horizon science-fictif reste malgré tout, jugera-t-on, relativement limité et circonscrit. On pourra même considérer que j’ai des goûts bornés sinon obtus.

Revenons à notre (très vague) questionnement sur les contours de la SF.

tumblr_n6ogl9qffd1roymnwo4_500Si une définition se défile volontiers, une caractéristique se dégage malgré tout : le manque d’optimisme. Elle répond en cela à des inquiétudes bien déterminées du temps présent. Il y a des périodes fastes (menace nucléaire en temps de guerre froide) et des périodes molles (la chute du mur de Berlin). Mais elle trouvera toujours à s’engouffrer dans une brèche. Dérèglement du climat, dérives de la génétique appliquée aux petits pois ou aux courgettes, extrémismes religieux en tout genre…

Elle soulève souvent des problèmes, mais pas directement, problèmes auxquels elle évite la plupart du temps d’apporter des solutions. Il y a une préférence marquée pour développer les situations dans la direction la moins favorable. En conséquence, peu d’avenirs radieux, beaucoup de futurs poisseux. Il est assez probable qu’un auteur de SF un tantinet conscient des réalités, à qui on demandera « Que se passerait-il si… ? », après vous avoir regardé de travers, gloussé un coup, réponde le plus simplement du monde : « Ben, on se casserait la gueule, bien sûr. »

Je verrai donc, pour conclure, la science-fiction comme un puissant contrepoint à toute velléité d’optimisme béat. Si les lendemains qui déchantent ne sont pas assurés, ils sont infiniment plus probables qu’un futur exhalant des parfums d’âge d’or. Il n’est sans doute pas étonnant qu’après l’utopie conventionnellement « réaliste socialiste » de La Nébuleuse d’Andromède (1956-57), où toutefois, subtile critique de l’URSS, le communisme est rêvé tel qu’il aurait être, Ivan Efremov ait écrit une dystopie bien sombre comme il faut, L’Heure du Taureau (1968) qui lui oppose un contrepoids de taille. Le « Et si… ? » de la science-fiction est donc avant tout chargé de menaces, bien plus que de promesses. Ou alors, de la promesse de menaces. Lesquelles sont la plupart du temps contemporaines. La SF est une extrapolation/transposition d’un présent, dans l’optique de l’observer sous un autre angle. Observation toujours inquiète, plus inquiète même souvent que dans bien des romans de littérature dite blanche. Il s’agit, pour tout dire, d’appuyer là où ça pourrait faire mal.

Et que voulez-vous, je dois être horriblement maso, mais… j’aime ça.

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