Neuf minutes cinquante-sept

 

tumblr_nzj4mt8zdm1s9tb0oo1_400Il arriva qu’un jour j’entrai en composition. La musique [chiante et élitiste] est quelque chose que j’ai dans le sang depuis un temps reculé en vertu d’un empoisonnement dont l’origine n’est à ce jour pas encore établie. J’en écoute comme les pochtrons descendent les bouteilles et les illettrés publient sur Amazon : beaucoup et très souvent. J’ai un peu appris le violon, de quoi faire des fausses notes sur deux cordes en même temps (trop fort que j’suis, j’vous dis). Je me souviens d’avoir auparavant torturé un orgue électronique gros modèle dans un hôtel franc-comtois en improvisant à six doigts (environ). Je me suis souvent fait mes propres musiques, fugaces et intérieures, en baguenaudant dans les bois. Et, ma foi, j’aurais pu en rester là. Sauf que. Forcément.

Prenons la conjonction de facteurs hétéroclites tels qu’un (très) vieux fantasme compositionnel, l’existence d’une version enfin tout à fait satisfaisante de MuseScore, et surtout une période propice avec un syndrome aigu et chronique de la page blanche (même quand celle-ci était déjà en partie remplie). Rajoutons deux ou trois mots échangés avec Francis Berthelot lors des deux dernières Imaginales… et sa propre activité post-littéraire, lesquels ont aussi servi de déclencheurs décisifs.

Estimons qu’il aura fallu quand même que certain logiciel de musique assistée par ordinateur* devienne performant (et, pour ceux que ça intéresse, nettement compétitif par rapport à de sérieux concurrents dont le prix vous donne le vertige, celui-ci étant gratuit). La version linuxienne un-point-kékchose de MuseScore ne m’avait pas convaincu (pas maniable, mauvais son) et je m’en étais désintéressé en quelques dixièmes de secondes. Lorsque la version 2.2 a été disponible, et que par curiosité je l’ai installée sur un portable moribond et manquant de mémoire, j’ai découvert qu’on pouvait faire des trucs pas dégueulasses, notamment si on faisait l’effort de comprendre qu’il vaut mieux aller récupérer des banques de sons (soundfonts**) au format adéquat pour remplacer ou compléter celle fournie d’office (qui progresse peu à peu mais conserve de désagréables faiblesses). Autre argument décisif, la possibilité de partager ses compositions sur musescore.com, donc de les faire écouter, et d’avoir des retours plus ou moins gratifiants et plus ou moins constructifs.

Début juillet, je tentais des trucs et des machins. Conscient qu’il ne fallait pas trop en demander ni à la bécane ni à moi-même, je devais me limiter à des ensembles réduits (autrement dit, aux cordes). Et vint le moment où je devais achever ma première pièce a/ pas trop moche, b/ assez étendue (développée ?). Attendu que question orchestration un ensemble à cordes ça fait mesquin pour certains, j’avais rajouté un piano (qui ne fait pas grand-chose) et des timbales (du poivre dans les pâtes). Je m’empressai de mettre ça en ligne, grommelant que le son était quand même dégueu par défaut. Quelques auditeurs plus tard et une critique engrangée, j’étais convaincu que je pouvais continuer à pondre des mesures (mais en faisant un peu plus attention).

Le mal était fait. À la fin du mois, je disposais de trois pièces de taille raisonnable, dont l’une serait le cadeau d’anniversaire du sieur Berthelot sus-mentionné. Après six mois de pratique, j’atteignais l’opus 9, et l’opus 10 s’élabore doucement tout en menaçant d’être de bonne longueur (une grosse quinzaine de minutes, sauf flemme et/ou amputation). Côté prose : néant. La motivation a dû se planquer quelque part, l’inspiration fait la tronche, et il me plaît plus volontiers d’ôter des mots aux pages en cours plutôt que d’en ajouter (nonobstant que je me trouve d’une platitude insupportable). Tant pis ou tant mieux, la musique étant une autre façon de raconter des histoires (et de suggérer des émotions, images, parfums et ivresses) qui, pour l’heure me convient. Oh, certes j’essayai de concilier les muses, mais comme elles n’étaient pas décidées à s’entendre…

J’ai mes limites. Techniquement je suis sans doute plutôt faible (notamment, je ne sais pas encore développer, mais d’un autre côté je ne sais pas si j’ai vraiment besoin de la forme sonate). Je me fie à mon oreille plus qu’aux règles. L’usage du triolet me demeure obscur. Enfin, ce qui est agaçant à plus d’un titre, je ne quitte presque jamais le format symphonique (avec moult percussions, j’apprécie les exubérances orchestrales). J’ai mes limites, certes, mais je fais de mon mieux pour ne pas être insupportable, et mon seul regret actuellement est de ne pas avoir encore été fichu de composer un truc rigolo (pardon : joyeux et pétillant).

tumblr_nyp3u4otgc1s9tb0oo1_400Enfin, tout ça, vous en serez juges : car jusqu’au printemps je vais infliger ici-même aux malheureux visiteurs des objets sonores d’en moyenne neuf minutes cinquante-sept secondes, d’un genre qui néglige batterie, boîtes à rythmes, synthés et guitares électriques, et qui peuvent se montrer peu souriants voire carrément agressifs et brutaux (ce que je n’ai jamais réussi à faire en prose).

Bref : bon courage…

* MuseScore est prévu pour la saisie de partitions, je veux dire de vraies partitions. Gratuit, il marche sur les platebandes de Sibelius ou Dorico, qui coûtent fort cher (mais alors, vraiment). Ces deux derniers permettent de faire tourner NotePerformer (pas donné non plus) qui fournit un rendu sonore exceptionnel, ce dont on s’apercevra peu tellement on aura mal au portefeuille Bref. Je boude les logiciels qui permettent de composer sans partition, mais c’est parce que je n’y comprends rien, et que… euh… que j’aime pas.

** Pour MuseScore, deux formats possibles : sf2/sf3 ou sfz. On trouve plein de soundfonts gratuites, un sacré paquet ne vaut rien, quelques unes sont très honorables.

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