trois ans

69982227_897374390618573_2437753570976595968_n

L’Indé Panda a trois ans. Neuf numéros. Une pelletée d’auteurs ont partagé ses sommaires. Moult nouvelles de styles, genres, et inspiration divers y ont fleuri. On y aura lu du bon, voire de l’excellentissime, et on y aura lu du médiocre (de mon point de vue), parce que c’est comme ça, les comités de lecture ont leurs raisons que la raison ignore, et moi des goûts parfois déraisonnables.

J’ai eu sous les yeux ce numéro-ci, auquel je voulais accorder une attention particulière. Parce que trois. Parce que neuf. Parce que.

Onze nouvelles, onze auteurs, je devais y trouver mon bonheur.

Sauf que ça n’a pas été si facile que ça.

Disons que le désappointement a parfois été sévère. Et qu’au moins par deux fois j’ai estimé avoir sous les yeux de l’impubliable. Heureusement il restait une pincée de nouvelles propres à me combler. Pas assez. Je suis trop gourmand (ou trop exigeant), sans doute.

Pour aller plus avant, il est préférable que je ne suive pas l’ordre du sommaire, mais parte de mes plus grosses déceptions pour remonter jusqu’aux satisfactions. Soit. Donc, commençons par la fin.

Et comme il convient, je me dois d’avertir que je serai brut de décoffrage et sans concessions. Vous êtes prévenus, je ne fais pas de cadeaux. Alors, ami auteur de ce numéro, si tu as l’orgueil fragile, passe ton chemin ou évite de te plaindre, merci.

Céline Saint-Charle, « Les cages ». Alors déjà stylistiquement je trouve ça d’un poussif qui a failli me dissuader d’aller au bout, mais en plus ça balance le bouchon tellement loin que la crédibilité vole bientôt en éclats (je crois qu’elle se suicide, pour être honnête). Ce truc ne tient pas debout. Mais alors, franchement, j’ai rarement eu affaire à un truc aussi invraisemblable, qui aurait pu passer si la mise en scène, le ton, le style, avaient contribué à ce qu’on avale sans sourciller ce tas d’énormités caricaturales. Problème, ça se prend au sérieux. Parce que ça veut défendre une cause. Mais de cette façon et avec une telle lourdeur ? Rien à faire. Une nouvelle complètement WTF [wagon très fatigué, ou un truc comme ça] dans l’idée, excessivement maladroite dans l’expression – le style est aussi nerveux qu’une méduse sous anesthésie générale. Bref, imbouffable. Je ne vois même pas comment on a peut apprécier cette mauvaise tambouille, à moins d’avoir été élevé dans un fast-food. Pour moi ce fut l’horreur, donc.

Benoît Barker, « Shutdwon ». Difficile d’en parler sans dévoiler le pourquoi du comment. Le sujet est épineux. Très épineux. Trop. Et glauque. Plus que ça. Oui, non, vous n’y êtes pas encore. Plus que très glauque. Et dans le genre, l’auteur se permet une complaisance malsaine dans une narration qui finit par accumuler trop de grossièretés et vulgarités pour ne pas tomber dans le racoleur. Le reste, à part une conclusion assez prévisible (quoique un tantinet confuse), ne me défrise pas. Globalement le style est pas trop mal. Disons qu’il est adéquatement en adéquation avec l’optique choisie, mais c’est elle qui m’embarrasse et qui, pour être juste, fait que je n’aime pas du tout cette nouvelle. Viscéralement, pour ainsi dire. Je ne suis pas assez voyeur pour ça, je crois.

Mélanie de Coster, « Qui allez-vous appeler ? ». Ma foi, personne. Style, passable / passe-partout. Histoire, complètement insignifiante. Chute, d’une mollesse totale. Comme le reste de la nouvelle, m’empressé-je d’ajouter, qui navigue dans une absence d’inspiration à faire peur. Les heures s’y écoulent et j’ai l’impression à la lecture d’y être englué moi aussi durant toute une nuit. L’ennui à l’état brut. Et lorsque c’est censé être drôle, vers la fin, ben l’humour est si plat que je ne réussis même pas à frémir.

Noémie Delpra, « Il était cinq heures ». Ce traitement du harcèlement virtuel est à mes yeux d’un intérêt fort limité, je veux dire qu’il n’apporte pas grand-chose comme éclairage signifiant ni ne véhicule de charge émotionnelle suffisante pour m’embuer le fond de l’œil. Surtout, et pour moi ça aurait justifié le rejet immédiat et définitif, il y a faute très lourde dans la narration. Le genre de faute qui se glisse opportunément dans la chute et qui, pour moi du moins, ne passe pas du tout. Du genre impardonnable. Comme je suis au choix vicieux ou gentil, je vous laisserai aller voir de quoi il retourne sans déballer le reste. Autre motif de déception, j’ai connu cette auteure/autrice [vous choisissez] nettement plus inspirée et convaincante.

Bertrand Peillard, « Petite résurrection en forme de sourire-banane ». Bon, ça aurait pu me plaire (le ton, surtout), nonobstant je dois relever la même faute capitale que dans la nouvelle précédente. Si l’écriture est ici largement meilleure (enfin là, c’est moi qui vois, mais je n’ai jamais prétendu à l’impartialité), ça me fout tout en l’air. Donc, moins vingt points automatiques, et puisque je note sur vingt… Bref, c’est très dommage de se planter ainsi, mais désolé, il y a des trucs qui ne peuvent pas marcher. Sauf si on est très conciliant, ce que manifestement je ne suis pas…

Voilà pour le premier lot, et je note que d’autres ont lourdement apprécié. Alors soit j’ai des goûts de merde, soit c’est eux, ou alors les deux – mais pas les mêmes.

Second lot, les nouvelles qui m’ont laissé trop indifférent pour que je me permette d’en dire beaucoup.

Adriana Kritter ne m’a pas touché avec « Permis de sauver », le style y est peut-être pour quelque chose, enfin bref ça a glissé sur moi comme la pluie sur le dos d’un connard canard.

Suzanne Marty et son « Bon numéro » m’ont bien peu intéressé, certains tics d’écriture m’ayant agacé (DING DING DONG!), et considérant que le genre dystopique gonflant n’est pas trop pour moi (on devinera que l’ennui m’a quand même menacé), ou plutôt devrais-je dire le genre dystopique comme on en faisait il y a pffff plus que ça mon brave. Quand nihil novi, je bâille. Rappelons pour les distraits que depuis Zamiatine (Nous, 1920) en passant par Orwell (qui s’est appuyé sur le précédent pour en développer le propos – mais en conservant quasiment la même histoire) avec un détour cinématographique par THX1138 et l’opéra-rock Starmania où on l’évoque, le coup des matricules et autres numéros pour désigner les individus niés dans leur individualité est devenu d’un tel commun que le procédé est désormais juste trop facile. Quant à l’histoire d’amour qui se heurte au système, c’est encore pire: se référer aux deux romans susmentionnés et au magistral film de Georges Lucas… D’où que je me demande si passer sept ans à concevoir une histoire qui ne fait que surcreuser des ornières était bien utile, surtout pour en définitive n’être que le très fade reflet des ombres d’œuvres antérieures.

Enfin, quatre nouvelles devaient commencer à me faire frétiller un peu, voire mieux. Dans l’ordre inverse de préférence.

Florence Dalbes Gleyzes, « Comme un crabe ». Sonate pour deux instruments, remarquable par sa structure d’une simplicité et d’une évidence redoutable, qui n’offre qu’un défaut, rendre le tout prévisible une fois qu’on a compris le fonctionnement. C’est à la fois très gênant, et ce qui entraîne à aller jusqu’au terme de la nouvelle. Je ne vous dis pas ce que je pense du style : beaucoup de bien.

Jo Frehel, « Par amour ». Première lecture, je me dis que non. Deuxième essai, haussements de sourcils. Troisième passage, décidément je dois convenir que bon, si-si, quand même. Avec une chute qui… Si je la lis encore deux ou trois fois elle risque d’arriver en tête.  mais vous savez, entre celle-ci et les deux autres, ça se joue à un cheveu, concernant mon appréciation.

Jean-Marc Bassetti, « Ma première gare mondiale », en deuxième position. Simple, court et efficace. Avec une vraie fin, et une vraie écriture, et de la subtilité dans l’allusif. Mon seul regret : trop court. Mais plus long, et c’était trop long. Titre vachement bien choisi en plus, qui dit tout sans rien dire.

Fanny Crubellier, « Résilience ». Bon. Le sujet est des plus difficile à traiter, on est forcément sur la corde raide, et Fanny est une véritable funambule. Ni trop, ni trop peu, dans la justesse, la subtilité, la retenue, avec une finesse confondante. Trop élogieux ? Peut-être. Mais baste, elle n’a pas volé sa première place au sommaire. Tandis que les trois auteurs précédemment cités, eux ont été supplantés par des nouvelles qui à mon goût eussent mérité soit de ne pas être là, soit au moins tout au fond.

 

Honnêtement, de mon point de vue seules ces quatre là méritaient publication. Quant à Céline Saint-Charle, Mélanie de Coster ou Noémie Delpra… je serais désobligeant si je devais qualifier d’un seul mot ce que j’ai lu d’elles ici. En fait tant de médiocrité me laisse pantois (j’avais prévenu: pour les compliments et les câlins, aller voir ailleurs). Et franchement dubitatif sur les goûts majoritaires de mes contemporains.

Maintenant, avec une certaine familiarité, je voudrais remercier Florence, Jo, Jean-Marc et Fanny. Ouais, vous m’avez fait des trucs, vous autres, que subir le reste se sera vite effacé à votre lecture. Vraiment. Et si ce qui est ici est représentatif, ma foi le reste de vos écrit ça doit être… la vache, plutôt du genre pas mal même que je serais encore dans l’euphémisme que ce ne serait pas étonnant.

 

Sur ce, le lien indispensable pour vous procurer gratuitement ce numéro anniversaire: tout droit direction L’Indé Panda, où vous trouverez… les liens qui vous mèneront vers les plateformes idoines !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s