Tema senza variazioni (Allegro funebre)

L’écriture en cours est la préoccupation permanente de l’écrivain.

C’est passant chez Nathalie Salvi (auteure que je dois recommander), que j’avais rebondi pour rester accroché à cette petite phrase toute simple, innocente et anodine.

Ce terrible constat, j’en suis un exemple flagrant. Souvent, s’il me prend une envie de bloguer, je ne parle que de ça : quand ça vient, quand ça voudrait venir, quand ça frétille, quand je dérape, me flanque dans l’ornière et cale, quand ça me fait braire ; quand ça me fait du bien (un peu moins, parce que c’est nettement moins drôle).

Entre eux, les écrivasseurs et écrivains (du moins ceux que je connais) ont même ce réflexe navrant de demander au confrère croisé à l’occasion : « Alors, qu’est-ce que t’écris en ce moment ? ». Je parierai parfois que c’est pour avoir le plaisir de s’entendre répondre « Rien ». Plus rarement pour se réjouir que l’interlocuteur soit en train de pondre les pages dont on aura l’impatience de se délecter.

Clamer qu’on est bien partie prenante dans l’effort de déboisement et de transformation de forêts en bidules de plusieurs centaines de pages, c’est aussi signifier à la concurrence que la guerre n’est pas finie, qu’on n’a pas jeté les armes et qu’on va voir de quel bois on se chauffe, non mais. Bluff ou vérité, c’est une question de fierté personnelle, une manière opportune de ne pas perdre la face. Tant qu’on écrit ou qu’on veut faire croire qu’on écrit, on est encore écrivain. De l’art de s’auréoler à peu de frais du prestige de ce terme qui séduit tant les Français.

C’est par cette préoccupation constante, récurrente, prégnante, obsessionnelle et (faut-il le dire ?) nombriliste qu’on reconnaît nombre de blogs et sites de virtuoses de la plume. Au premier coup d’œil. Même pas besoin des mots clés incontournables (écriture, roman, éditeur…), un bref aperçu du contenu donne tout de suite le ton. La barbe ! devrait s’exclamer l’internaute, qui voit s’étaler tant de semblables considérations.

La barbe ! m’exclamé-je moi aussi en faisant le relevé de mes contributions à ce vaste concert de bruissements de feuilles caressées, noircies, déchirées. Contente-toi d’écrire, oublie de rabâcher tes lamentations sur le sujet, et parle-nous d’autre chose. (Nonobstant que je servirai encore quelques profondes pensées sur les affres provoquées par la longue contemplation d’une feuille blanche. Nonobstant aussi que je prends un malin plaisir à me foutre un peu, ce faisant, des tristes qui sont occupés à gravement tenter de nous aider à devenir de vrais écrivains ; comme ce drôle qui avec sérieux conseille l’auto-hypnose pour…).

D’accord. Mais de quoi ? Sur mes fiévreuses ferveurs pour certains compositeurs et certains enregistrements musicaux afférents, il y aurait de quoi tartiner. Sur mes lectures peut-être aussi, mais il s’agit souvent de bouquins qui ont un certain âge et sur lesquels on s’est largement étendu ailleurs. Le cinoche, j’oublie – j’y vais trop peu. Seraient possibles des méditations sur les promenades dans les bois, ou ma fascination pour les utilisations multiples de la crème Chantilly… Bon. Il y a plein de sujets possibles, exploitables, délicieux. Je devrais tâcher de m’y plonger un peu plus et de m’oublier, ce qui m’éviterait de confier trop souvent que j’écris à reculons et que quand ça a l’air d’avancer, c’est juste une illusion d’optique.

Et puisque j’aborde ce sujet…

Ah, mais non, hein !

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