Scories

hydromel04-2014

http://editions-hydromel.com/

Scories, 232 pages (et 15€), anthologie consacrée aux ordures, décharges et insalubrités.

Hormis une des nouvelles que je ne parviens pas à ingérer tout à fait sans dommages sauf par bribes (rien à voir avec une absence de qualité : son style est particulier, je ne réussis à la déguster que par petits morceaux), les autres me ravissent ― à des degrés divers, bien entendu ― et je suis peu mécontent d’être en avant-dernière position : la satisfaction éprouvée à la lecture est retrouvée lorsqu’on atteint le dernier texte (je suis mauvaise langue : ma participation n’est pas si épouvantable que ça).

Nous avons donc, dans l’ordre, avec mes remarques et sous vos applaudissements :

Jean BARBELLE, M.T.P.L.[i].

Une nouvelle bien noire, étouffante, que j’ai dévorée deux fois (pour mieux la savourer ou par masochisme). On plonge immédiatement dans les ténèbres, et on ressort chancelant d’une histoire inexorable.

Ioana ALEXANDRU, De Stercore Enni

Peut-être la nouvelle qui m’a d’emblée le plus saisi ― en raison du thème et de l’ambiance, desquels je me sens très proche ―, malheureusement c’est la plus courte de l’anthologie. Ou tant mieux, sa composante poétique aurait souffert de trop être diluée. Très beau texte donc, qui m’a ravi.

Gabriel VIDAL, Pourrissoir

Je suis légèrement passé à côté, et ne saurai en conséquence en dire ni du mal (surtout pas) ni du bien (ce serait artificiel). Peut-être que j’ai une interprétation complètement à côté de la plaque qui m’empêche de bien juger. Sais pas. Plus tard peut-être.

Alexis FLAMAND, La Resserre

Je ne vais pas cacher que mon plaisir a été plus que certain. Je ne louerai pas le style d’Alexis (par jalousie mesquine) ni sa capacité à faire d’un débarras quelque chose qui… ne saurait se révéler ici. Je n’ai pas réussi à interrompre ma lecture, emporté jusqu’à me fracasser contre la chute. Un conseil, méfiez-vous des dépotoirs. Je n’en dirai pas plus.

Véronique PINGAULT, Les Belles Dames

Ambiance western postapo avec une chute que j’ai pas vu venir. Seul reproche adressé au lecteur par le texte : tu m’apprécierais mieux si tu aimais les westerns. Ouais, mais j’ai bien aimé quand même, et je me suis laissé piéger, alors la chute m’a pris de court. (En gros, c’est quand même ce qu’on demande à une chute.)

Christian FONTAN, Inachevée

On est dans le cyberkékchose, faut pas compter sur moi pour distinguer les courants dans l’univers SFFF, d’abord parce que je ne les connais qu’à peine (je rappelle que j’ai quelques décennies de retard dans le domaine). Le côté fragmenté du style (j’allais écrire fragmenté-compact, ce qui n’est pas du tout une moquerie) m’a parfois désarçonné et j’ai manqué dérailler à plusieurs reprises. Mais c’est du très bon, une fois qu’on a trouvé le tempo de lecture.

Stéphanie COURTEILLE, Le Comte de la Cave

Le titre laisse entrevoir bien autre chose que ce dont il s’agit. Je mets volontiers ce texte en résonance avec celui de Mathieu Rivero (voir plus bas) : tous deux développent des univers qui tendent à se rejoindre (en mode asymptotique). C’est une nouvelle assez folle. J’adore.

Jean-Christophe HECKERS, De Profundis

Je passe. Ou alors j’insiste lourdement en réussissant à faire croire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre miraculeux et que rien que pour ces trente-cinq pages il faut acheter le livre. Mais comme je ne suis pas du tout convaincu que ce soit un bon argument…

Mathieu RIVERO, Douât

On termine en beauté. Après les élucubrations précédentes, on retrouve une ambiance particulièrement savoureuse, baignée d’un surréel dans lequel on se laisse sombrer.

Voilà une conclusion heureuse à une anthologie de haut niveau ― je crains que ce soit une marque de fabrique des éditions Hydromel. Il convient se saluer les efforts de Merlin Jacquet-Makowka, qui a su tourmenter ses auteurs pour obtenir d’eux le meilleur, et livrer un ouvrage que je qualifierai de remarquable, abstraction faite du huitième texte sur lequel je ne saurais me prononcer avec assez d’objectivité.

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